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juil 01

Les robles provençales sont-elles des « indiennes »?

Il faut remonter jusqu’au milieu du XVIème siècle pour trouver les origines du tissu provençal.

Dans les campagnes, l’élevage des « magnans » (vers à soie), par les paysannes était l’une des seules ressources sûres… La naissance de l’industrie cotonnière moderne date de la création de la Compagnie des Indes en 1664.

Avant cette date, les toiles arrivant alors à Marseille par voie de mer, révélaient des imprimés aux couleurs vives, en provenance des Indes et du Levant. Ces toiles appelées « Indiennes », connurent d’emblée un franc succès en Provence et du fait de leur prix très onéreux, l’industrie textile française ne tarda pas à créer ses propres ateliers de fabrication. Installés à Avignon, les indienneurs migrèrent à Orange et jusqu’à Marseille après que le pape eut interdit cette activité.

La fabrication nécessitait plusieurs opérations.  La première consistait à blanchir les toiles. Battues, puis séchées, elles étaient ensuite décorées à l’aide de dessins préalablement tracées sur une feuille de papier percée de petits trous. En frottant cette feuille sur du charbon de bois, on faisait apparaître le dessin. Puis les couleurs étaient appliquées à l’aide de planches de bois, sculptées en relief. Les ouvrières « pinceauteuses » retouchaient les dessins au pinceau.

Enfin les « Indiennes » étaient lavées et séchées.  En Provence, les cotonnades, malgré la mécanisation industrielle et la disparition progressive des manufactures, surent rester fidèles aux techniques des anciens.

Aujourd’hui, imprimées à la main ou par de gros rouleaux de cuivre, les productions s’inspirent de dessins sculptés par des artisans il y a plus de deux cents ans et puisent dans d’authentiques documents anciens des trésors de motifs toujours renouvelés….

extrait du site IP de la ville d’aix en provence. http://www.aixenprovencetourism.com/aix-artisanat.htm

 

La consommation des indiennes à Marseille remonte donc au XVIe siècle avec les premières importations des Indes et du Levant. Lorsque cette industrie se développe en France dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les Marseillais toujours aussi férus de ces toiles se tournent vers d’autres sources d’approvisionnements et notamment la célèbre manufacture de Jouy fondée par Oberkampf en 1760.Les produits de la manufacture de Jouy ont rencontré un succès durable à Marseille car la consommation d’indiennes faisait partie depuis longtemps des pratiques vestimentaires.

La manufacture devait satisfaire l’engouement des Marseillais pour les motifs exotiques avec ses dessins de perse et profondément marqué le goût des Provençaux pour le textile imprimé avec les Bonnes Herbes et les fonds ramoneurs. La volonté de préserver et de magnifier la culture provençale a conduit le plus souvent à nier ou à ne pas mentionner la provenance des indiennes employées dans les costumes régionaux. Pourtant, la diffusion en Provence des toiles de Jouy ne remet pas en cause l’existence d’un goût régional comme le prouvent les commissions des commerçants marseillais.

En effet, le goût des dessins de perse est encore très visible au XIXe siècle dans les commandes en provenance de Marseille alors que ces indiennes, destinées à l’origine à une clientèle aisée parisienne et anglaise, sont depuis longtemps passées de mode.

extrait de l’article de madame Aziza Gril-Mariotte http://rives.revues.org/1403