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fév 20

Il est tellement plus simple de crier « aux loups ! » plutôt que voloriser la filiere ovine française.

Faciliter l’abattage de loups, la protection des troupeaux et l’indemnisation des éleveurs pour permettre la cohabitation entre le prédateur et l’homme. C’est toute l’ambition du plan loup 2013-2017, dont les bases ont été présentées par le gouvernement, mardi 5 février. Un plan qui intervient après des mois de forte tension entre éleveurs et associations de défense du grand prédateur. La grogne a même conduit le Sénat à voter en première lecture, mercredi 30 janvier, contre l’avis du gouvernement et sans attendre le nouveau plan, un texte de loi « visant à créer des zones de protection renforcée contre le loup ».

Le loup gris, classé dans la catégorie « vulnérables » de la liste rouge des espèces menacées, a en effet vu sa population croître progressivement grâce à des lois protectrices – la Convention de Berne de 1979 et la directive européenne Habitat-faune-flore de 1992. On en dénombre aujourd’hui 250, répartis sur douze départements, contre seulement deux spécimens il y a vingt ans, lorsqu’il était revenu naturellement dans l’Hexagone. L’aire de répartition du loup augmente de 25 % par an.

Ces conclusions du Groupe national loup feront l’objet d’une consultation du public pendant un mois et d’une consultation de la commission faune du comité national de protection de la nature début avril. Le nouveau plan loup entrera en vigueur peu après, avant l’estive.

Lors d’une conférence de presse, mardi, les ministres de l’écologie et de l’agriculture, Delphine Batho et Stéphane Le Foll, ont dévoilé les conclusions de quatre mois de concertation au sein du Groupe national loup, une instance réunissant parlementaires, élus, agriculteurs, chasseurs, associations de protection de la nature et représentants des services de l’Etat.

GESTION DIFFÉRENCIÉE

Le loup fera désormais l’objet d’une gestion différenciée selon les régions et la pression exercée localement par l’espèce. Une approche à géométrie variable déjà mise en œuvre au cas par cas par les préfets, mais qui devient l’orientation générale du plan.

Celui-ci entend faciliter la défense des troupeaux par les éleveurs. Le dispositif restera le même que dans le précédent plan loup, mais en renforçant chaque degré de réponse : tout d’abord, l’effarouchement, puis les tirs de défense à proximité immédiate du troupeau et, enfin, les tirs de prélèvement visant à abattre les bêtes sur un territoire plus large, si toutes les autres mesures ont échoué.

HAUSSE DES PRÉLÈVEMENTS

Le nombre de prélèvements autorisés sera désormais indexé sur la croissance de l’espèce, de manière à relever le nombre maximal de prédateurs pouvant être abattus chaque année. « Le loup est et restera une espèce strictement protégée. Il est néanmoins possible de tenir compte de la bonne dynamique de population de l’espèce afin de mettre en place une gestion plus fine », estiment les deux ministres.

Alors qu’une limite de onze loups avait été fixée à l’échelle nationale en 2012, trois animaux seulement ont été tués. Pour améliorer l’efficacité des tirs, des formations seront donc dispensées aux éleveurs et aux agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.

« La hausse des prélèvements peut s’avérer contre-productive, prévient Jean-François Darmstaedter, secrétaire général de l’association de protection des loups Ferus. En tuant un loup, on risque d’éliminer un individu majeur de la meute et d’augmenter les attaques. »

« Cette gestion plus stricte de l’espèce se justifie par la constante hausse des attaques de loups malgré les efforts de protection des troupeaux », rétorque Delphine Batho. La population lupine, revenue naturellement dans les Alpes il y a vingt ans, étend son territoire chaque année à la faveur de lois protectrices – la convention de Berne de 1979 et la directive européenne Habitat-faune-flore de 1992.

EXPÉRIMENTATION DE CAPTURES

Pour limiter les dépenses d’indemnisation des éleveurs, le gouvernement souhaite également explorer des pistes alternatives en expérimentant, dans onze parcs naturels régionaux, des mesures de capture de loups. Le but : « éduquer » les bêtes et les dissuader de revenir où elles ont déjà été capturées.

Pas question, pour autant, d’exclure le prédateur de certaines zones où il pourrait être abattu sans autorisation, comme le prévoit la proposition de loi d’Alain Bertrand, sénateur (PS) de la Lozère. « Ce texte contrevient à nos engagements européens et internationaux », argue Delphine Batho. Prise à contre-pied par sa propre majorité, elle tempère : « Je l’ai davantage perçu comme une interpellation. Je ne suis pas certaine que cette loi sera votée. »

D’autant que la proposition fédère contre elle éleveurs et associations écologistes. « Elle représente un recul d’un siècle, quand on pouvait tuer le loup sans sommation, s’insurge M. Darmstaedter. Sans compter que le loup est un animal mobile : on ne peut pas lui dire où aller. » « La mesure créerait des discriminations envers les éleveurs qui ne seront pas situés en zone d’exclusion », s’inquiète Yves Derbez, président de l’association Eleveurs et montagne.

MESURES DE PROTECTION SIMPLIFIÉES

Face aux craintes des éleveurs, le plan loup accélère et simplifie le dispositif d’indemnisations : des montants qui incluront les pertes dites indirectes dues au stress des bêtes (avortements, moindre prise de poids, diminution de la lactation, etc.).

Les conclusions du groupe national loup feront l’objet d’une consultation du public pendant un mois et d’une consultation de la commission faune du comité national de protection de la nature début avril. Le nouveau plan entrera en vigueur peu après, avant l’estive.

Le Monde.fr | Audrey Garric

Saviez-vous que chaque année en France…400 000 à 500 000 ovins de réforme sont envoyés à l’équarrissage ! Oui, ce nombre gigantesque de moutons qui n’entrent pas dans le circuit de consommation est tout simplement détruit, incinéré.

Les difficultés des éleveurs étaient présentes avant le retour du loup Les éleveurs en France sont confrontés depuis plusieurs décennies à une évolution de la société avec une forte concurrence internationale des productions ovines. La situation économique des exploitations est très difficile mais le malaise des éleveurs était déjà très fort avant le retour du loup…. Actuellement, la
situation est telle que les exploitations de montagne ne peuvent se maintenir que grâce aux subventions
qui représentent en moyenne les 2/3 du revenu des éleveurs, hors aides liées au loup
L’élevage ovin-viande en France, une filière en difficulté
En quelques décennies, les exploitations ont évolué vers des troupeaux de plus en plus grands avec de
moins en moins de main d’oeuvre, donc de moins en moins gardés. Malgré cela, en vingt ans, le nombre d’exploitations ovines a été divisé par trois et le cheptel réduit d’un tiers. La consommation de viande ovine par français a chuté de 40%. Près de
la moitié des français et 2/3 des moins de 35 ans n’achètent pas de viande ovine. Et le peu qui est consommé provient pour moitié de l’importation car l’agneau britannique, irlandais et néozélandais est moins cher Mais le mouton résiste mieux dans l’arc alpin où le loup est installé Depuis 1990, le cheptel ovin a chuté de 26% en Rhône- Alpes et de 8% en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais il
s’est effondré de 50% en Poitou-Charentes, Auvergne et Limousin… des régions sans loup ! La région PACA est même
de loin celle qui s’en sort le mieux en France, alors que le loup y est présent depuis vingt ans !  Des aides importantes qui permettent le gardiennage des troupeaux.
Dans les zones de présence de loup, l’Etat subventionne les dispositifs de protection des troupeaux et l’emploi
de bergers (18). Ce gardiennage des troupeaux est indispensable à la pratique d’un pastoralisme de qualité,
comme il existait autrefois lorsque les troupeaux étaient plus petits et la main d’oeuvre moins chère.
 » Le loup et le vrai problème de l’élevage « 
Les pays voisins hébergent beaucoup plus de loups et l’élevage ovin s’y porte mieux Avec ses 6 millions de moutons, la France n’est autosuffisante qu’à 51% en viande ovine. L’Italie, avec 7 millions de moutons, est autosuffisante à 67%… et compte une population de 600 à 900 loups. L’Espagne produit 14 millions de moutons lui permettant d’être autosuffisante à 116%… avec une
population de 2 000 loups ! (15) Quand bien même seraient éliminés tous les loups en France, ne serait résolu aucun des problèmes de l’élevage et du pastoralisme. Une espèce protégée ne peut pas servir de caution pour faire oublier les difficultés de fond d’une filière agricole !
 » Le pâturage : la biodiversité des montagnes ? « 
Le pastoralisme n’est pas forcément synonyme d’entretien du paysage Les déboisements des siècles passés dans les Alpes ont abaissé la limite supérieure de la forêt, permettant au pastoralisme d’étendre sa surface en altitude. Mais depuis une cinquantaine d’années pour des raisons économiques, la polyculture a été remplacée par le  » tout ovin  » avec des troupeaux de plus en plus grands qui permettent aux éleveurs de s’en sortir comme ils peuvent avec les subventions liées au nombre de brebis. Paradoxalement, ceci a entraîné une concentration énorme de moutons sur certaines zones, alors que d’autres sont délaissées et s’embroussaillent !

Le pâturage n’est pas toujours synonyme de biodiversité L’augmentation de la taille des troupeaux et leur concentration sur certaines zones ont entraîné une dégradation des pelouses d’altitude et un appauvrissement considérable de la flore dans beaucoup d’alpages. Dans les Alpes du sud, la richesse floristique est parfois plus grande sur les pistes de skis que dans
les pâturages ! De plus, la concentration des moutons a un impact négatif sur toute la biodiversité en montagne : disparition des insectes due aux traitements antiparasitaires, perturbation d’espèces sensibles comme les tétras, transmissions de maladies à la faune sauvage, dégradation des sols, érosion, etc.

Il y a en France 1,5 millions de chevreuils, en augmentation, dont 500 000 tués par an à la chasse. 150 000 cerfs, en augmentation, dont 50 000 chassés par an. Un million de sangliers, en augmentation notamment suite aux lâchers et aux agrainages, dont 500 000 tués par an. Enfin 100 000 chamois et 30 000 isards, ayant respectivement triplé et doublé en 25 ans malgré les 10% chassés
par an.

Les mesures de protection contre les loups

Le décret du ministère de l’écologie, publié au printemps 2012, fixe le processus de gestion des loups suivant :

1/ Mesures de protection. Les principales mesures sont le gardiennage, le regroupement nocturne du troupeau, si possible dans des parcs, et la présence de chiens de protection.

2/ Tirs d’effarouchement. Les opérations d’effarouchement, en cas de tentative de prédation du loup, sont possibles à proximité du troupeau. Elles sont menées par des éleveurs détenteurs d’un permis de chasse validé, à l’aide d’armes et de munitions non létales.

3/ Tirs de défense. Un éleveur détenteur d’un permis de chasse peut être autorisé par le préfet à réaliser un tir de défense lorsque la protection du troupeau et l’effarouchement n’ont pas suffi à empêcher les attaques de loup. Le tir, qui peut être létal, doit être réalisé à proximité du troupeau concerné.

4/ Tirs de prélèvement. En cas d’échec des précédentes mesures de protection, les préfectures peuvent prendre des arrêtés de tirs de prélèvement, dans la limite du quota fixé à l’échelle nationale (11 en 2012, desquels doivent être déduits les cas de braconnage avéré). Ces tirs, menés par des lieutenants de louveteries ou par des agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, sont réalisés à l’échelle du territoire occupé par plusieurs meutes de loups.