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mar 22

Et de colère, Rébuffat corrigea Herzog…

Rians

Le samedi 18 mai à l’auberge de la fontaine, yves Ballu ami et biographe officiel de Gaston Rebuffat dédicace et raconte :

Yves Ballu tient dans ses mains “son” ouvrage consacré à Rébuffat, dont il prépare une nouvelle version, et “son” ouvrage de Maurice Herzog “Les grandes aventures de l’Himalaya” de Maurice Herzog annoté par Gaston Rébuffat et dont nous reproduisons quelques pages. Le DL/J-B.V. et documents Y.B.

 

À l’époque, ils étaient les conquérants de l’utile. Les porte-drapeaux d’une France en quête de gloire. Les bras armés d’une nation priée de se remettre debout et de le faire savoir. En réussissant le premier 8 000 m _qui plus est dès la première ascension d’un des sommets les plus dangereux de la planète_ Maurice Herzog et Louis Lachenal, ainsi que leur compagnon d’expé Gaston Rébuffat pensent rentrer dans l’Histoire. Un contrat qui lui interdit de raconter l’expé…Mais seul Maurice Herzog, futur secrétaire d’État aux sports, en retira la gloire, la couverture de Paris Match, quelques dividendes financiers et les honneurs de la patrie. « Gaston Rébuffat n’en gardait que des mauvais souvenirs. Cette expé ne correspondait pas à son appréhension de la montagne, ils s’étaient d’ailleurs disputés plusieurs fois. Mais, comme il avait signé, contre son gré, un contrat au préalable lui interdisant de raconter cette ascension durant cinq ans, il ne s’en est ouvert à personne, sinon à sa femme Françoise ». Les feux de la rampe pour Herzog

Yves Ballu tient dans ses mains “son” ouvrage consacré à Rébuffat, dont il prépare une nouvelle version, et “son” ouvrage de Maurice Herzog “Les grandes aventures de l’Himalaya” de Maurice Herzog annoté par Gaston Rébuffat et dont nous reproduisons quelques pages. Le DL/J-B.V. et documents Y.B.

Yves Ballu, auteur majeur du monde de la montagne, en parlerait des heures. De cet alpiniste qu’il admirait, de cet écrivain qui a bouleversé la littérature de montagne, de cet homme qu’il a eu le bonheur de côtoyer quelque temps. De ce conflit jamais refermé entre Herzog, phare (auto)proclamé par les trompettes de la renommée dont il jouait à son seul profit, et un guide condamné à vivre au sombre sous-sol de cette mélodie éhontée. « Plutôt que d’affronter Herzog, il a alors décidé d’en prendre le contrepied. De célébrer cette montagne avec laquelle il vivait en harmonie, sans jamais tomber dans le vocabulaire guerrier ». Il laisse ainsi le paradigme de la lutte avec les éléments à Herzog et trace une carrière hors normes  à l’abri d’une plume novatrice. Un témoignage manuscrit pour Yves Ballu

Malgré tout, il fulmine à chaque écrit de Maurice Herzog. Jusqu’à annoter les livres qu’il reçoit ! «Il ne supportait pas cette panoplie de héros qu’Herzog avait enfilée. De rage, il n’a pas pu s’empêcher d’écrire dans la marge, de critiquer !» Ce livre, Yves Ballu l’a dégoté il y a quelques années pour enrichir sa collection (ahurissante), au côté de témoignages écrits de la main de Rébuffat à l’intention exclusive de M. Ballu, « il savait, en toute connaissance de cause, que tout ce qu’il me disait ne serait pas perdu ». « Mais quel cinéma ! »

« Les montagnes qui charpentent la terre sont les plus stériles et les plus inutiles formations de la planète, sauf pour les géologues, les géographes, les constructeurs de barrages et pour ceux qui rêvent de grandes étendues. Dans leur nudité absolue, dans leur pauvreté extrême et leur beauté mystérieuse, les dômes de glace et les flèches de granit ne sont là pour rien d’autre que le bonheur des hommes. » La montagne est mon domaine

Dans ce livre (Les grandes aventures de l’Himalaya), Gaston Rébuffat tempête contre des propos unilatéraux toujours, égoïstes, souvent. « Et Lachenal ? », « ah, ah, ah », « trompe-la-mort, il va mourir dix fois ! », « Quel cinéma », « On va de miracle en miracle… » Acerbes, les phrases fusent, les points d’exclamation aussi, des paragraphes entiers sont surlignés d’un « Faux ! » Quarante ans après l’Annapurna, le conflit ne s’était toujours pas éteint.

La plaie, ouverte comme une crevasse dans laquelle s’amoncelle le dépit de Gaston Rébuffat, dit beaucoup des tourments de l’âme confrontée à l’injustice et au ressentiment.

www.ledauphine.com écrit par Jean-Benoit VIGNY le 25/02/2011

Gaston Rebuffat et Rians

« Durant mon enfance, mes parents m’emmenaient toujours à Rians, dans le Haut-Var, où mon père était né, et où mes grands-parents étaient paysans.

D’eux, mon père avait hérité l’habitude et le plaisir de se lever de bonne heure.

Nous marchions dans l’intimité de la nuit, puis nous assistions au lever du jour; ainsi nous arrivions à la « campagne » : quelques cyprès, un puits, les cultures étagées au-dessus des murs en pierres sèches…